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UN FAUSSAIRE DE NAZI

Si l'honnêteté ne paie pas, la malhonnêteté fait parfois de bonnes œuvres.

Accusé de collaboration avec les Nazis, un artiste néerlandais va échapper à la mort grâce à ses pinceaux !

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Femme lisant de la musique, Han van Meegeren, 1937-1940

Un faux tableau pour effacer une vraie peine 

Han van Meegeren a le pinceau qui tremble. La toile qu’il peint, sous les yeux attentifs de deux experts en art et d’un policier, a le pouvoir de lui sauver la vie. Si son “Jésus parmi les docteurs” parvient à convaincre les spécialistes de l’étendue de son art, il échappera à la mort. Il n’a pas le choix, son Vermeer doit apparaître plus vrai que nature !

Pour se rassurer, et se détendre un peu, il repense à sa carrière de peintre débutée à Delft, quarante ans plus tôt.

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Le faon de la reine Juliana, Han van Meegeren

Un jeune plein d'avenir

Dans sa prime jeunesse, le troisième art équivaut à un loisir tout juste toléré par son père. Ce dernier lui préfère le premier d’entre tous : l’architecture. Il dirige donc son fils vers des études adéquates à l’Institut de technologie de Delft. Meegeren ne lâche pas pour autant ses pinceaux. Il continue de se former auprès d’un maître local qui l’initie aux grands peintres du Siècle d’or néerlandais.

Alors qu’il entre dans la vingtaine, il exécute des toiles qui commencent à se faire remarquer. Il gagne même une médaille d’or quinquennale, ce qui l’encourage à tirer un trait sur l’architecture et à s’établir comme peintre à La Haye dès 1913. Il a tout juste 24 ans et l’avenir semble rempli de promesses. 

Les clients ne sont pas rares. On lui commande des portraits et on accroche volontiers ses œuvres aux thèmes des plus classiques. De nombreux foyers hollandais posséderont ainsi un d'exemplaire de son Faon de la reine Juliana.

Mais s’il peint des toiles très sages, sa vie privée l’est moins.

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Chanteurs de rue, Han van Meegeren, 1928

S'inscrire en faux

Son mariage bat de l’aile, sa consommation d’alcool des records. Mais, pire que tout, la critique ne lui est pas favorable. Grand pourfendeur du modernisme en vogue, il est qualifié de passéiste et son œuvre, en général, sans grand intérêt artistique.

C’est, selon certains, ce désamour des critiques et de ses pairs qui motivera Meegeren à se lancer dans le faux. Pour d'autres, son goût pour le luxe et l’argent aura suffi. A chacun ses raisons de la colère !

En tout cas, Meegeren, qui restaure depuis des années déjà des toiles anciennes, décide de créer un tableau de Vermeer. Le grand peintre néerlandais, totalement snobé pendant des années, attire de nouveau en ce début de vingtième siècle. Ses tableaux sont rares mais les experts espèrent encore en retrouver d’autres. Meegeren va se contenter de répondre à la demande.

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Van Meegeren (à gauche) avec son beau-frère, sa femme Jo et sa sœur Guusje dans le jardin de sa villa à Roquebrune-Cap-Martin, en France

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Faussaire exemplaire

La tâche n’est pas simple pour autant. Il ne suffit pas de peindre une toile à la manière de Vermeer pour faire un Vermeer. Il faut convaincre tous les observateurs qu’il s’agit bien d’un Vermeer, jusqu’aux plus tatillons qui scrutent la toile, son vernis, ses pigments et son vieillissement naturel.

Heureusement, pour lui, Meegeren dispose de suffisamment de talent pour peindre un Vermeer convaincant et encore plus de rouerie pour le rendre authentique. 

Pour obtenir une peinture aussi dure et résistante qu’attendue sur des tableaux multicentenaires, Meegeren mélange ses pigments à de la bakélite. Ensuite, il peint sur une toile datant véritablement du XVIIème siècle qu’il gratte consciencieusement. Il commande discrètement du lapis-lazuli pour imiter parfaitement le bleu de Vermeer. Et enfin, à l’intérieur de sa maison de Roquebrune-Cap-Martin où il vit dès les années 1930, il passe le tableau achevé au four pour lui donner un aspect craquelé crédible. Il pousse le soin du détail jusqu’à empoussiérer lui-même les crevasses du tableau.

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Le Christ à Emmaüs, Han van Meegeren, 1937

Le chef d'oeuvre de Vermeer

Au terme d’un long processus “créatif”, Meegeren introduit sur le marché de l’art un nouveau Vermeer en 1937, une composition de jeunesse du peintre à thématique religieuse : Le Christ à Emmaüs. Par l’intermédiaire d’un avocat à qui on raconte une vague histoire d’héritage, l’oeuvre est présentée à Abraham Bredius, historien de l’art reconnu et spécialiste de Vermeer.

Bredius tombe sous le charme et, donc, dans le panneau. Il écrit bientôt dans le très sérieux Burlington Magazine une ode au tableau.

“C'est un moment merveilleux dans la vie d'un amateur d'art que de se trouver soudainement face à une œuvre jusqu'alors inconnue d'un grand maître, intacte, sur sa toile originale, sans aucune restauration – telle qu'elle avait quitté l'atelier du peintre. Et quel tableau ! Ni la belle signature… ni les pointillés sur le pain que le Christ bénit ne sont nécessaires pour nous convaincre que nous avons là – j'ose le dire – le chef-d'œuvre de Johannes Vermeer de Delft… tout à fait différent de toutes ses autres toiles et pourtant, en tous points, un Vermeer. Dans aucune autre œuvre du grand maître de Delft, on ne trouve un tel sentiment, une telle compréhension profonde du récit biblique – un sentiment si noblement humain exprimé à travers le médium du plus grand art”.

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Le Christ et la femme adultère, Han van Meegeren, 1942

L'adultère de trop

Validé par Bredius, le tableau trouve rapidement un acquéreur -la Fondation Rembrandt- qui débourse l'équivalent de plusieurs millions d’euros actuels pour l’offrir au musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam. Ce premier succès encourage évidemment Meegeren à récidiver.

Il peint deux nouvelles oeuvres qu’il signe Pieter de Hooch, un autre peintre du Siècle d’or néerlandais avant d’enchaîner sur de nouveaux Vermeer.

Son coup de maître, il le réalise en 1943 avec Le Christ et la femme adultère. Le tableau tape dans l’oeil d’un collectionneur aussi acharné qu’infréquentable : Hermann Göring ! Là encore, Meegeren empoche quelques millions.

Mais la fin de la guerre sonne la fin des réjouissances pour lui. Déployés à Berchtesgaden, les “Aigles hurlants” de la 101ème division aéroportée américaine tombent sur une cachette du Reichsmarschall. Goering a caché ici plus de 1 000 tableaux et sculptures volés. Parmi eux, on met la main sur Le Christ et la femme adultère. On retrouve même des traces de la vente et le nom de Meegeren apparaît. Comme dans d’autres ventes de Vermeer. Et même dans toutes les ventes des Vermeer retrouvés ces dernières années…

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Van Meegeren peignant, sous surveillance, Jésus parmi les docteurs, 1945

Van Meegeren est arrêté en juin 1945 et inculpé pour collaboration. On lui reproche d’avoir vendu le patrimoine néérlandais à l’ennemi. L’accusation est grave. Elle conduit irrémédiablement à la sentence capitale. 

Il n’a plus qu’une seule solution pour s’en sortir : avouer sa qualité de faussaire. Sa défense est simple : il n’a pas collaboré puisqu’il a vendu des faux tableaux. Mieux encore, il a fait acte de résistance en bernant Goering et en obtenant le retour de deux cents tableaux de grands maîtres néerlandais en échange de son faux Vermeer. 

On peine à le croire. Les experts sont formels. Le Christ et la femme adultère est un authentique Vermeer. Van Meegeren ment pour échapper à sa peine.

Six semaines passent au terme desquelles le peintre persiste à se prétendre faussaire. On décide alors de le mettre au défi de peindre, sous la surveillance d’experts et de policiers, une nouvelle toile. 

Van Meegeren s’exécute pour ne pas l’être. Il signe un Jésus parmi les docteurs qu’il présente lors de son procès en novembre 1947. A ses côtés, plusieurs de ses tableaux sont réunis. Les experts se relaient à la barre, contrits, pour confirmer que Van Meegeren les a tous trompés. 

Van Meegeren peut alors se réjouir de deux choses. D’abord, tous les spécialistes de l'art et les critiques qui le déconsidéraient ne peuvent plus que reconnaître son talent. Ensuite, on ne l’accuse plus de collaboration. Il vivra !

Peu de temps… Condamné à un an de prison pour faux, il tombe gravement malade un mois plus tard et meurt peu après. 

Cette affaire provoque aussitôt d’importantes répercussions dans le monde de l’art. Les experts perdent de leur lustre et tous les musées possédant un Vermeer se mettent à douter. Van Meegeren a reconnu être l’auteur de sept faux Vermeer mais est-ce bien la vérité ? 

La dame jouant du virginal fait partie des tableaux sur lesquels on doute pendant des dizaines d'années. Son authenticité n'a été validée qu’en 2003 avant qu'elle ne soit vendue aux enchères plus de 24 millions d’euros. Aussi réussis soient-ils, les faux de Van Meegeren ne valent, au mieux, que quelques dizaines de milliers d’euros.

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Dame jouant du Virginal, Vermeer 1670-1672

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