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PRISE D'OTAGES A L'AMBASSADE

En septembre 1974, l’ambassade de France à La Haye se retrouve sous le feu des projecteurs. L’ambassadeur et une dizaine de ses collaborateurs tombent aux mains de ravisseurs venus du pays au soleil levant.

Vendredi 13 septembre 1974, 16h30

Un trio japonais se balade au cœur de La Haye. Ces visiteurs nippons ne cherchent pas à mitrailler les lieux même si des pistolets automatiques gonflent leurs poches revolver. Leur objectif se trouve au n°1 de la Place des Forgerons, ou Smidsplein en langue locale. Là se dresse l’Ambassade de France. 

Plus terroristes que touristes, les trois hommes attirent l’attention avant même de pousser la porte de l’ambassade. La police reçoit un premier appel au secours. L’alerte est aussitôt donnée sur toutes les radios. “Ambassade France, Smidsplein 1. Intervention immédiate. Japonais déséquilibrés. Hommes armés”.

Les premiers policiers qui arrivent sur place grimpent les étages du bâtiment quatre à quatre… jusqu’au quatrième où les assaillis n’ouvrent pas la porte mais le feu. Ils parviennent à blesser les policiers qui n’ont d’autres choix que d’opérer un repli stratégique.

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L'ambassade de France à La Haye en 1974. Le bâtiment a aujourd'hui disparu, remplacé par le bâtiment de la Cour Suprême

Même jour, 18h

On évacue les abords de l’ambassade pour laisser les forces de l’ordre et les journalistes investir les lieux. Les premiers bouclent la zone, les seconds leur premier papier. 

Les trois Japonais, toujours barricadés, retiennent onze personnes dont l’ambassadeur, Jacques Senard, lorsqu’ils lancent un avion en papier dans les airs. L’aérogami atterri, apportant son lot d’informations. 

Les ravisseurs appartiennent à l’Armée rouge japonaise, un groupe d’extrême gauche fondé deux ans plus tôt par Fusako Shigenobu, ardente militante communiste. Cette armée a déjà fait tristement parler d’elle. Le 30 mai 1972, elle a perpétré un épouvantable massacre à l’aéroport de Lod de Tel-Aviv lors d’une attaque à la grenade et au pistolet-mitrailleur. Vingt-six personnes trouvent la mort tandis que quatre-vingts autres souffrent de blessures plus ou moins sérieuses. 

La police sait désormais à qui elle a affaire. Et elle apprend en même temps leurs exigences. Les terroristes japonais exigent en premier lieu la libération de leur camarade Yutaka Furuya détenu à la prison de la Santé depuis plus de deux mois. Une fois ce souhait exaucé, on devra également leur délivrer un sauf-conduit, un million de dollars en espèces, un bus pour l’aéroport de Schiphol et un Boeing 707 avec le plein de carburant et de pilotes.

ambassade Des policiers surveillent l'ambassade sous différents angles photographe Fotobur

Les forces de l'ordre encerclent l'ambassade

Premier jour, fin

Une cellule de crise est mise en place autour du Premier ministre, Joop den Uyl. Les Français, qui avaient déjà refusé de livrer Furuya aux autorités japonaises, entendent refuser l’ultimatum et militent pour un l’assaut. Plus pragmatiques, les Néerlandais préfèrent négocier. Epaulé par le secrétaire de l’Ambassade du Japon, ils parlementent avec les preneurs d’otages.

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la Une du Telegraaf le samedi 14 septembre 1974

Dimanche 15 septembre 1974

Près de 48 heures sont passées. La France a craqué. Elle a libéré Furuya qui a décollé à bord d’un Boeing 707 d’Air France. A peine l’avion posé sur le tarmac, l’équipage français laisse la place à des volontaires néerlandais et leur passager à deux agents de sécurité français.

Du côté de l’ambassade, on négocie toujours. Piet Sierks, le pilote, en profite pour recueillir, à la source, la destination du prochain vol. Les terroristes tenaient à garder leur cap secret. Ils le confient tout de même en pilote en lui faisant promettre de garder le secret.

Peu après, les terroristes acceptent de libérer deux otages. On distribue, enfin, aux autres nourritures et médicaments.

ambassade Des journalistes se penchent aux fenêtres près de l'ambassade de France pendant

Les journalistes s'installent à proximité de l'ambassade pour voler quelques images.

Mardi 17 septembre 1974, matin

Deux jours sont encore passés lorsque le Prinsjesdag commence. Ce jour de rentrée politique et de sortie royale pâtit des événements. Le Gouvernement l’a annoncé : “le Carrosse d’or restera dans les écuries pour la deuxième fois en près de vingt ans. Aucun drapeau ne sera hissé et les ministres et secrétaires d’Etat ne porteront pas leur tenue de gala. (...) Il est impensable de célébrer le Prinsjesdag en grande pompe alors que neuf personnes sont en danger de mort à proximité”.

Ainsi, le centre-ville de La Haye est désert lorsque la reine Juliana le traverse sans carrosse ni trompette mais en voiture et sous haute protection. Elle prononce néanmoins le traditionnel discours du trône qu’elle débute en regrettant que le “pays [soit] secoué par un acte de terrorisme qui met en danger la vie d’innocents”.

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Le Boeing 707 d'Air France sur le tarmac d'Amsterdam

Mardi 17 septembre 1974, soir

Cent heures après le début de la prise d’otage, une camionnette se gare au pied de l'ambassade de France. Les ravisseurs poussent une partie de leurs captifs à l’intérieur. Ils brisent les vitres pour éviter toute attaque au gaz avant de s’esbigner en direction de l’aéroport d’Amsterdam qui sera entre-temps totalement évacué. 

Suivis de près par toutes les forces armées du pays, les terroristes, parvenus au pied du Boeing, échangent leurs otages contre leur camarade et une rançon moins conséquente qu’attendue. 

Conscients de ne pouvoir retourner en Asie, les terroristes cherchent avant tout un asile. Pas fous les terroristes ! Ils mettent le cap sur le Yémen qui acceptera uniquement de les ravitailler. Ils pourront finalement atterrir à Damas avec la bénédiction d’Hafez el-Assad, le président de la République arabe syrienne. Tous disparaîtront.

ambassade Pilote Pim Sierks à Schiphol en 1991.  © Leo Vogelzang.jfif

Piet Sierks, le pilote de la Transavia qui a pris les manettes du Boeing 707 en direction du Yemen

1986

Yutaka Furuya, l’homme pour qui toute l’opération a été mise en place est arrêté en 1986 et accepte de collaborer avec le parquet de Tokyo.

 

1997

Toujours actif au Liban, Haruo Wako est arrêté pour faux et usage de faux en 1997. Le Japon demande alors son extradition afin de le juger. Il sera finalement condamné à perpétuité en 2005. Il décédera, sous les barreaux, en 2023 à 75 ans.

Son complice Jun Nishikawa tombe dans les filets de la police bolivienne en 1997. Lui aussi raccompagné au Japon, il y est condamné à la prison à vie en 2007.

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Fusako Shigenobu, fondatrice et cheffe de l'Armée Rouge Japonaise jusqu'à sa dissolution en 2001.

2000

Le 8 novembre 2000, la cheffe de l’Armée rouge japonaise, Fusako Shigenobu, est elle aussi arrêtée. Elle attendra encore un an avant de dissoudre officiellement son groupe armé. Condamnée à vingt ans de prison en 2006 pour avoir commandité la prise d’otage de La Haye, elle est libre depuis le 28 mai 2022.

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Aujourd’hui

Un des preneurs d’otages n’a jamais été inquiété. Junzo Okudaira a beau être septuagénaire, il court toujours…

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