top of page

LA HOLLANDE, L'AUTRE PAYS DU DOLLAR

Rapace !

Il fut un temps où l’aigle était lion. Bien avant de poser un pygargue à tête blanche sur l’avers de leurs pièces, les états-uniens voyaient bien le roi des animaux sur la face de leur coins. Pour comprendre cette mue de monnaie, il faut voyager dans le temps et l’espace.

Fotothek_df_tg_0007851_Bergbau_^_Bergwerk_^_Silberbergbau.jpg

Les mines royales de Sankt-Joachimstal

Les frappeurs du val

Notre histoire commence à Jáchymov, dans un joli val (tal en langue locale) de Bohème. Dans les années 1500, le village s’appelle encore Sankt-Joachimstal quand on y découvre des filons d’argent plus que prometteurs. Les propriétaires des lieux, le comte Etienne von Schlick et son frère, s’empressent de convertir le métal en monnaie sonnante et trébuchante. Entre 1520 et 1528, les frérots de la moula s’en donnent à coeur joie en frappant près de 2 millions de pièces ! Des pièces que l’on nomme tout simplement des joachimsthalers.

Thaler 6 Talar-1525-Joahim-Thaler-Sredniowieczne-Czechy-kopia-platerowana-srebrem.jfif
132803307.jpeg

Joachimsthalers de 1525 frappé à Jáchymov et orné du lion de Bohême

La Bohême a un incroyable thaler

Dans les mêmes années, Ferdinand d’Autriche, frère de Charles Quint et archiduc d’Autriche, se fait élire roi de Bohême (1526). Il en profite pour mettre la main sur ses plus belles pièces d’argent  que l’on appelle déjà, par contraction, des thalers et dont le succès ne se dément pas. A tel point que la Bohême, bientôt, n’est plus la seule à frapper d’incroyables thalers. Ce type de pièces et leur fabrication se répandent partout dans le Saint Empire Romain Germanique, dans les autres terres de Charles Quint et de ses successeurs et, plus généralement, dans toute l’Europe.

Koning_Spanje_Filips_II_1-5_Philipsdaalder_1566.jpg

Philipsdaalder, 1566

Le lion entre dans l’arène

Opposée à la couronne espagnole, la Hollande va ainsi créer son propre thaler - ou daalder dans la langue locale. Et pour le différencier nettement des concurrents, on appose sur le revers le célèbre lion de la province, reprenant ici le design original où apparaissait le lion de Bohême. Ce  nouveau thaler au lion (de leeuwendaalder) s’oppose à celui de Philippe V ( de philipsdaalder), son équivalent espagnol. Et pas uniquement de façon symbolique. La valeur de la pièce est en effet légèrement surévaluée lors de son émission et la différence est directement réinjectée dans l’effort de guerre contre l'Espagne ! 

Rapidement, toutes les Provinces Unies frappent du leeuwendaalder et en font une monnaie d’échange à travers le monde. On le retrouve plus vite encore en Afrique, en Asie et jusqu’aux Amériques.

Holland_Leeuwendaalder_1480529.jpg

Leeuwendaalder, 1585

Premier dollar

En Nouvelle-Hollande, on paie ainsi en daalder. Les rues de la Nouvelle-Amsterdam, future New-York, scintillent des reflets d’argent néerlandais. Toutefois, sur le reste du Nouveau Monde, les bourses contiennent davantage de thalers et de réaux espagnols. Les deux coexisteront pendant longtemps et lorsque les Insurgés devront choisir leur propre monnaie, il s’inspireront du réal pour le poids de leur pièce et du daalder pour le nom. Ainsi naît le dollar !

thaler 3 premier dollar recto verso.jpg

Dollar américain, 1785

Lev et leu

Le leeuwendaalder laissera d’autres traces ailleurs, notamment dans l’est de l’Europe. En Bulgarie notamment, les pièces néerlandaises circulent librement à l’époque de la domination ottomane. Là bas, on ne retient pas la fin de leur nom mais bien le début. On les appelle levove (lions). En Roumanie, on parle de leu, traduction locale de lion. Alors quand les Ottomans quittent les lieux et qu’il faut choisir le nom des nouvelles monnaies, on ne va pas chercher plus loin. Ce sera le lev bulgare et le leu roumain. 

thaler 4 lev bulgare.jpg

Lev bulgare, 1891

thaler 5 leu roumain.jpg

Deux lei roumain : un leu de 1894 et un autre de 1914

C’est Marie-Thérèse 

Si le leeuwendaalder a essaimé partout dans le monde, le thaler autrichien peut lui aussi se prévaloir d’une belle descendance. Une de ses versions a eu un succès planétaire sur le long terme. Frappé pour la première fois en 1741, le thaler de Marie-Thérèse reste la pièce maîtresse de la collection. Impératrice du Saint-Empire, reine de Hongrie et de Bohème, mère de Marie-Antoinette, entre autres, la femme impressionne ses sujets et les contemporains. Dès les premières années d’émission, les pièces à son effigie voyagent partout et notamment en Afrique. On l’apprécie pour sa valeur tout autant que pour son esthétique. Elle demeure d'ailleurs la monnaie la plus souvent transformée en bijou de l’histoire.

bijoux marie therese.jpg
marie therese.jpg

Thaler de l'Impératrice Marie-Thérèse, 1780

Des millions !

A la mort de l’Impératrice, on continue de frapper des thalers à son effigie en parallèle de ceux désormais ornés de celle de son successeur Joseph II. Démonétisée en 1858, 78 ans après son décès, son thaler poursuit malgré tout son aventure. Et les Autrichiens ne sont bientôt plus les seuls à en produire. Les Italiens en frappent à Dresde. D’autres flairent la bonne affaire. Anglais, Français, Belges et Néerlandais entrent dans la danse.. Au total, 500 millions de thalers de Marie-Thérèse ont été frappées, dans une demi-douzaine de pays à l’usage de bien plus encore !

bottom of page