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DE LA COCO CHEZ LES CROCOS !

Internationalement connus pour leurs coffeeshops, les Pays-Bas partagent une longue histoire avec le cannabis. Un pas de deux qui prend son envol à Utrecht, en 1968, avec le Sarasani.

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Illégal mais c'est égal

Certains seront peut-être étonnés de l’apprendre mais le cannabis n’est pas légal aux Pays-Bas. Sa culture comme sa consommation sont simplement tolérées. Cette décriminalisation de la marijuana remonte aux années 1970. 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’herbe séduit les milieux artistiques, révolutionnaires et alternatifs. Les joints circulent fréquemment dans les clubs de jazz des années 1950 puis dans les cercles hippies à partir des années 1960. Ville de liberté ouverte sur le monde, Amsterdam devient rapidement la capitale européenne du mouvement hippie et donc de la culture de la beuh et du chichon.

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Du chanvre à flots

Des pionniers vont d’ailleurs militer pour faire accepter la Marie-Jeanne dans la société néerlandaise. A Amsterdam, Keens Hoekert cultive des milliers de plants de chanvre sur une péniche, face à un commissariat. Son “Corbeau Blanc” est connu de tous mais inattaquable car, si toutes les drogues sont encore interdites, aucune législation n’empêche la culture du cannabis ! Seul le séchage des plants femelles est proscrit. Le succès est tel que les touristes sont acheminés en “bus magique” jusqu’au bateau pour acheter à 50 centimes d’euros leur plant de chanvre et que la police doit réguler la circulation.

Confronté à une consommation devenue rapidement difficilement éradicable, le gouvernement néerlandais décide d’abandonner la répression bête et méchante. Une loi vient donc décriminaliser le cannabis. Le produit reste interdit mais sa consommation et sa culture sont tolérées à la condition de respecter quelques règles.

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La France devant les Pays-Bas

Ainsi, seuls les coffeeshops autorisés par les municipalités peuvent vendre du cannabis. Ils ne peuvent céder de drogue dure, ni faire de publicité et encore moins vendre aux mineurs. Ils sont par ailleurs censés ne  commercer qu’avec les résidents (la règle n’est que très peu respectée) et ne délivrer, au maximum, que 5 grammes par personne. 

Et s’ils sont autorisés à vendre du cannabis, ces mêmes coffeshops n’ont toutefois pas le droit d’en acheter. Ils doivent ainsi être auto-suffisants et ne jamais stocker plus de 500 grammes de produit. Aujourd’hui, les Pays-bas comptent 563 coffeshops répartis dans 103 communes. Un chiffre stable depuis une dizaine d’années. 

Loin d’avoir transformé le pays en une nation de fumeurs invétérés, la loi sur la décriminalisation a plutôt protégé les Pays-Bas qui n’est qu’au 20ème rang mondial en termes de consommateurs. Le numéro un de la fumette reste, depuis des années, la France qui mise, avec une belle intelligence bornée, sur une politique répressive aveugle et totalement inefficace. Cocorico !

D’ailleurs, c’est un descendant de Français, Armand André de la Porte, qui figure parmi les précurseurs aux Pays-Bas. Issu d’une famille fortunée arrivée ici au XVIIIème siècle, il ouvre en 1968 une “cave à café” sur l’Oudegracht d’Utrecht. Dans son “koffiekelder” baptisé Sarasani, on vient siroter un café, écouter de la musique mais aussi griller quelques joints. Toutefois, on ne parle pas encore de coffeeshop. Il faut attendre l’année suivante et la vente des lieux à Léo Hasenbos. 

Ce jeune homme de 22 ans transforme aussitôt la cave en coffeeshop, le tout premier des Pays-Bas. Plus connu par la suite sous le nom d’Holly -un hommage à son idole Johnny Hallyday, Hasenbos va rapidement offrir une renommée internationale au Sarasani.

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Une cave pour s'élever

Le lieu est exceptionnel. Installé sur les bords du plus vieux canal d’Utrecht, on y découvre d’abord deux bassins où rampent quelques reptiles. Puis vient la cave principale, profonde de trente mètres avec un bar sur sa gauche et des banquettes basses qui longent le mur de droite. Au fond, une scène accueille groupes et DJ. 

Sombre, enfumé, l’endroit dégage une atmosphère unique rendant plus piquante encore par la personnalité même de son propriétaire. Holly Hasenbos est un personnage à l’image de son antre : unique et toujours sur la corde raide. Au regard de son activité, il reçoit évidemment régulièrement la visite de la police. Et c’est là où le bassin de l’entrée se révèle des plus utiles. De fait, les forces de l’ordre n’hésitent pas à perquisitionner et à fouiller la cave de fond en comble hormis le petit étang aux caïmans ! On les comprend d’autant plus que les crocodiliens ne sont pas seuls. Ils partagent l’espace avec des tortues, des varans et des boas constricteurs…

Image du bassin pour les alligators de la discothèque et du café Sarasani (Oudegracht 327)

Un propriétaire tempétueux

Hasenbos se signale encore à la police pour d’autres faits. En janvier 1974, alors qu’il reçoit la visite peu diplomatique d’hommes armés, il parvient à s’en sortir en coupant le doigt de l’un d’eux avec une hache. Pour se protéger, il acquiert ensuite une arme à feu que la police lui confisquer lors d’une énième perquisition. Souffrant d’une addiction à la cocaïne et d’un sentiment de persécution, Hasenbos s’enferme au fil des ans dans une paranoïa de plus en plus grande. A l’été 1984, l’affaire tourne mal. Arrêté par une patrouille de police au volant de sa voiture pour un feu stop défectueux, Holly refuse d’ouvrir sa portière tout en s’emparant d’une arme. La police fait feu. Holly meurt sur le coup, à seulement 37 ans. 

Le Sarasani va néanmoins lui survivre. Son neveu reprend l’affaire avec sa compagne.

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Une affaire de famille

Le Sarasani survit à Holly puisque son neveu reprend l’affaire avec sa compagne. Hasard de la vie, lui aussi a 22 ans quand il prend place derrière le comptoir. Le coffeeshop reste fidèle à lui-même, proposant cannabis et concert. Tout roule pendant des années, jusqu’à l’été 2017. La police intercepte alors une voiture avec 9 kilos de cannabis à bord ainsi que les deux propriétaires du Sarasani. La perquisition à leur domicile alourdit l’addition : on y trouve 34 kilos supplémentaires de drogues douces. 

Le Sarasani ferme ses portes, définitivement cette fois. Le maire d’Utrecht ne lui renouvellera jamais sa licence. Fin d’une histoire bien fumeuse...

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