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BALTHAZAR GERARD, TUEUR A GAGES !

Balthazar se cache derrière un pilier. La peur lui est inconnue. Balthazar n’a pas les foies, il a la foi ! Dans une seconde, il abattra la foudre de Dieu sur son prince. Surpris, Guillaume d’Orange, amer, a tout juste le temps de choisir ses derniers mots. Balthazar, lui, voit toute sa vie défiler. Vingt-sept années entièrement tournées vers cette conclusion funeste.

Balthazargerards - martyr - tableau anonyme musee d arbois dans le jura

Balthazar Gérard, tableau anonyme, Musée Sarret de Grozon, Arbois

Une colère d’enfant

Toute cette histoire naît avec Balthazar en 1557 en Franche-Comté. Une terre à part du royaume de France. Littéralement, puisqu’elle appartient au duché de Bourgogne et à la couronne espagnole en restant “franche”, donc libre.

Bourguignon de naissance, espagnol de cœur, Balthazar a également du sang néerlandais du côté de sa mère. Ses aïeuls étaient originaires de Dordrecht et d’Anvers. 

Il grandit dans un environnement très religieux. On prie fort le dieu des catholiques à la maison comme à l’église. Et le protestantisme n’est évidemment pas en odeur de sainteté.

En 1566, quand les échos de la furie iconoclaste survenue aux Pays-Bas parviennent en Franche-Comté, on crie au sacrilège dans la maisonnée. Cette destruction massive des sculptures et des peintures dans les églises brise le cœur de Balthazar. Il n’a que neuf ans mais il partage la colère des adultes contre les impies. Et plus encore contre le premier d’entre eux, Guillaume d’Orange, que l’Espagne désigne comme l’instigateur de tous ces troubles. Balthazar le hait et ne rêve plus dès lors que d’une chose : le punir !

En 1580, le roi d’Espagne lui en donne enfin l’occasion. Philippe II signe alors un édit de proscription, une véritable mise au ban de Guillaume d’Orange.

Adriaen Thomasz Key William le taciturne

Portrait de Guillaume d'Orange, Adriaen Thomasz Key, 1579

philipe II

Portrait de Philippe II, Alonso Sanchez Coello, 1570

Ennemi du genre humain

L’édit déroule une litanie d’accusations. Philippe II reproche ainsi à Guillaume d’avoir fait revenir les hérétiques exilés, de leur avoir accordé la liberté de conscience, de ne pas avoir su les empêcher de piller les églises et de chasser les prêtres, etc. Autant de fautes qui s’ajoutent à la première d’entre elles, lui avoir désobéi ! 

Et pour tout cela, Philippe le condamne plus encore qu’il ne le bannit. Ses mots sont tranchants : “Ainsi permettons à tous, qu’ils soient nos sujets ou autres [...], de l’arrêter, empêcher et s’assurer de sa personne, même de l’offenser tant en ses biens qu’en sa personne et vie, exposant à tous ledit Guillaume de Nassau comme ennemi du genre humain, donnant à chacun tous ses biens meubles et immeubles, où qu’ils soient situés ou assis, qu’il les pourra prendre, occuper ou conquérir, excepté les biens qui sont présentement sous Notre main et possession”.

Considéré comme un “scélérat et un traître, ennemi de nous-mêmes et de nos pays”, Guillaume devient une cible de choix pour tout bon catholique. D’autant plus que s’il n’y a rien à craindre du point de vue religieux - le prince est excommunié-, il y a tout à gagner. Le roi d’Espagne promet une belle récompense : 25 000 couronnes, des terres et un titre nobiliaire. 

Assassinat de Guillaume d'Orange par Balthasar Gérard à Delft, le 10 juillet 1584, Adolf van der Laan, 1734

Assassinat de Guillaume d'Orange par Balthasar Gérard à Delft, le 10 juillet 1584, Adolf van der Laan, 1734

Des bas contre les armes

Deux ans après cette mise à prix, Guillaume est toujours en vie alors Balthazar décide de passer à l’action. Il quitte la Bourgogne pour se rapprocher de sa cible en mode infiltration. D’abord, il change de nom. Il devient François Guion. Et pour se faire remarquer du Prince, il se déclare son plus farouche partisan, défenseur de la Réforme depuis la mort de son père par des mains catholiques. Son histoire, calquée sur un véritable fait-divers, est parfaitement crédible. 

Balthazar, alias François, parvient à Delft au printemps 1584. Il se fait une petite place dans l’entourage de Guillaume, le croise quelquefois mais sans rien pouvoir tenter. Après deux mois, il devient urgent d’agir. D’autant plus qu’on s’apprête à l’envoyer en mission en France. Alors Balthazar prend ce prétexte pour réclamer de l’argent pour des “bas et de chaussures convenables au pied”. On lui donne de l’argent issu de la caisse du prince. Pécule aussitôt dépensé dans les armes à feu qui tueront son donateur.

Le 10 juillet, Balthazar traîne dans le Prinsenhof, la résidence du Prince d’Orange. Il croise Guillaume et l’arrête pour lui demander son passeport pour la France. Guillaume ne s’en étonne pas mais lui dit de revenir après le dîner. Balthazar est satisfait. Ce rendez-vous donné par la victime elle-même lui donne le temps d’aller chercher ses pistolets et de revenir sans inquiéter les gardes qui le savent attendu.

A son retour, il patiente devant la salle à manger du prince, camouflé derrière une colonne. Lorsque la porte s’ouvre, il retient son souffle. Il entend les pas de Guillaume et de ses convives. Il les laisse passer avant de sortir de sa cachette. Le Prince a déjà gravi la première marche de l’escalier. Balthazar le hèle. Lève ses pistolets. Guillaume se retourne à l’instant même où les armes crachent leurs billes de plomb. Il s’effondre dans les bras de son maître d’écurie écœuré. Balthazar s’enfuit, poursuivi par les serviteurs du prince.

arrestation de Balthazar Gerard

L'arrestation de Balthazar Gérard, gravure de 1890

Tueur à gages

Semant ses pistolets devenus inutiles sur son chemin d’évasion, Balthazar parvient en vue des remparts. Il trébuche, roule sur un tas de fumier où ses poursuivants le rejoignent. Un page le tourne, un hallebardier le hâle et la garde l’enchriste. Fin de la cavale, début des ennuis. Le tueur à gages va devoir en souffrir quelques uns !

Guillaume d’Orange est déjà mort quand on ramène Balthazar au Prinsenhof. Il est enfermé chez le portier où il demande du papier et de l’encre pour coucher sur le papier ses confessions. Peut-être a-t-il espéré échapper ainsi à la torture… Ses espoirs vont vite être douchés.

Les enquêteurs ont des questions. Et les réponses seront quoiqu’il arrive arrachées au déjà condamné. Âmes sensibles, s’abstenir ! On le pend à un poteau par les mains en attachant des poids à ses orteils. On étire ses chairs pour mieux les fouetter. Puis on lui enfile des chaussures en cuir de chien de plusieurs pointures trop étroites avant de le laisser se réchauffer les pieds devant un feu. Le tout, rapidement, gonfle, se recroqueville, craquelle. Les bourreaux poursuivent dans l’horreur en s’attachant à détacher les chaussures roussies de ses pieds brûlés, l’écorchant affreusement. 

Les jours passent. Pas la torture qui se poursuit jusque dans la nuit. Balthazar est jeté dans un tonneau, pieds et poings liés. Et puis le matin, on le brûle à nouveau avec des tisons ou en enflammant sa chemise préalablement gorgée d’eau vive. 

Un de ses derniers supplices n’est pas le moins absurde ni le moins tragi-comique. On le place sur une table, totalement dénudé, avant d’enduire chacune de ses blessures de miel. Puis on fait venir un bouc. L’idée des bourreaux ? Attiré par l’odeur sucrée, le bouc viendra lécher les plaies. Et sa langue gourmande, terriblement rugueuse, soignera à sa façon le condamné. Capricieux, le caprin ne goûtera pas Balthazar.

L'exécution de Balthazar Gérard, 1616

L'exécution de Balthazar Gérard, 1616

Mourir pour en finir

Quatre jours après l’attentat, Balthazar est enfin mené sur l'échafaud. Mais avant de laisser la mort le délivrer de ses souffrances, le tribunal le condamne à une exécution à rallonge… Le verdict a de quoi faire frémir. Il sera “brûlé à la main droite, là où il a commis ledit acte de trahison et de meurtre, qu’elle soit brûlée et cautérisée à l’aide de fers incandescents fermés. Puis, à l’aide de tenailles incandescentes, qu’il soit brûlée à six reprises en divers endroits, notamment sur les bras, les jambes et les parties de son corps les plus charnues, la chair soit brûlée et arrachée, et qu’ensuite il soit écartelé vif, en commençant par le bas, et qu’en dernier lieu, on lui ouvre le ventre, qu’on lui arrache le coeur, qu’on le jette à sa face, puis qu’on lui coupe la tête”.

Écartelé, Balthazar se voit également éparpillé aux quatre points cardinaux de la ville. Un morceau de son corps est ainsi pendu à chacune des portes principales de la ville. Sa tête trône elle au bout d’un pieu, là où il fût arrêté.

Considéré comme un traître et un assassin fanatique dans les Pays-Bas naissants, Balthazar devient un héros et un martyr pour les Francs-comtois. Une rue porte encore son nom dans son village natal. Sa famille lui sera également plus que reconnaissante. Ses frères n’obtinrent pas les couronnes promises mais de jolies terres appartenant autrefois à Guillaume d’Orange. Et la famille reçut différentes seigneuries l’élevant dans les rangs de la noblesse. A croire que, parfois, le crime paie !

Vuillafans,_la_maison_Balthazar

La maison natale de Balthazar Gérard, Vuillafans, Doubs

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