NOUS PARLONS TOUS NEERLANDAIS !
L’immense majorité des francophones expatriés aux Pays-Bas s’accordent à penser que la langue néerlandaise ne se dompte pas facilement. Et pourtant, sans le savoir, nous utilisons déjà tous des mots néerlandais. Parlons-en !

Le néerlandais, qu'il prenne ou non une majuscule, se retrouve régulièrement en France. Les échanges de biens, de personnes et d’idées entre nos deux pays n’ont pas attendu le nombre des années pour gagner en valeur. Et, souvent, avant de repartir sur ses terres, le Néerlandais laisse un mot. Voire plusieurs.
Et pour s’en rendre compte, il suffit d’ouvrir un bouquin. Autrement dit un “boeckijn”, un petit livre en vieux néerlandais. Rien d’étonnant à ce qu’on ait adopté ce terme en France quand on sait que les Pays-Bas ont joué un rôle majeur dans l’histoire de l’imprimerie dès le XVème siècle. Son fort taux d’alphabétisation et son esprit libertaire en ont fait un centre majeur de production de livres durant plusieurs siècles.
Qu'est-ce que tu maquilles ?
Et croyez-bien que je ne cherche pas à maquiller la réalité ici. Quand on ne parle pas de fards et autres produits de beauté, maquiller revient à faire apparaître autrement, à fausser. Mais le sens premier du verbe, sans son suffixe -iller, est un synonyme de faire, tout simplement. Il apparaît en France avec un terme picard -maquier- directement inspiré du verbe néerlandais maken (faire). On utilise d’ailleurs encore dans quelques patois, dont le cauchois normand, le verbe maquiller dans ce sens. Il n’est pas rare d’entendre ainsi un cauchois demander : “qu’est-ce que tu maquilles ?” pour dire “qu’est-ce que tu fais ?”.

Comme les échanges entre le français et le néerlandais ont lieu depuis le Moyen-Âge, on ne peut parler de mode. Mais on peut néanmoins se pencher sur les mannequins. Car oui, ce mot là vient aussi du néerlandais. Il s’agit en réalité d’un diminutif. Un mannequin est un “manne-kijn”, un petit homme. Et là encore, on aurait bien tort de s’étonner de cet emprunt. Les draps et les tissus néerlandais ont inondé le monde jusqu’au XVIIIème siècle, tout comme les silhouettes en bois ou en osier qui les mettaient en valeur.
Un flot de mots
La mer, quand elle n’était pas déjà sur leurs terres, les Néerlandais n’ont jamais hésité à la prendre. Alors, assez logiquement, on retrouve de leur vocabulaire à bord des navires. Et notamment bâbord et tribord.
Au Moyen-Âge, bâbord désigne le côté du bateau auquel le pilote tourne le dos quand il manœuvre la godille fixée au côté droit du bateau. Il s’agit du bord (boord) du dos (bak). A l’inverse, tribord définit le côté du gouvernail : le “stier-boord”.
Nul besoin de débarquer pour découvrir d’autres vocables français empruntés aux Pays-Bas. Ainsi, le yacht est né ici. Il trouve son origine dans le mot “jacht” qui signifie chasse, poursuite. Les premiers yacht étaient en effet des bateaux rapides spécialisés dans la chasse aux pirates. Leurs capacités fulgurantes ont rapidement séduit les personnages importants pour leurs déplacements officiels, les transformant peu à peu en navires de plaisance.

Yacht hollandais, fragment du tableau de Jacob van Strij
Ça s'arrose !
Et, en conclusion, pour briller lors de votre prochain apéritif, n'hésitez pas à rappeler que la bière vient aussi des Pays-Bas. Ou tout du moins le mot pour désigner le breuvage. Bref, dès le XVème siècle, on cesse de s’abreuver de cervoise pour trinquer à la “bier”. Là encore, la force commerciale des Pays-Bas s’est imposée. Songez qu’au XVème siècle, la seule ville de Gouda comptait plus de deux cents brasseries et produisaient quelque 15 millions de litres de bière par an ! Une bonne partie de cette production prolifique était exportée vers les Pays-Bas du Sud, l’actuelle Belgique (Gand, Bruges, Anvers…) mais aussi vers l’Allemagne et la France.

Brasserie l'Ossenhooft, "la tête de boeuf", à Gouda.