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MATA HARI, LE SOLEIL DU NORD

Mata Hari. Le nom claque comme la pluie dans un film noir. Mata Hari, la danseuse exotique, qui éblouit et qui séduit. Mata Hari, l'espionne, qui complote et trahit. Alors, petite fleur de Java ou vamp aux dents longues ? Mais qui était vraiment Mata Hari ?

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Photo de classe de Margaretha Geertruida Zelle (en haut, à droite).

Une jeune maîtresse

Margaretha Geertruida Zelle voit le jour en 1876, en Frise, une des provinces septentrionales des Pays-Bas. Son enfance à Leeuwarden commence sous les meilleurs auspices. Elle est inscrite dans une école pour jeunes filles où elle joue du piano et s’essaie à la danse. Son père, en pleine réussite, la choie. Jusqu'à ce qu’il choit lui-même, déclenchant une série noire. 

La faillite de son entreprise provoque celle de son couple. Le divorce est prononcé en 1890. Aussitôt, il laisse sa femme et ses enfants pour tenter sa chance ailleurs. Un an seulement plus tard, la mère de Margaretha tombe malade. A sa mort, la jeune fille est confiée à un oncle qui l’inscrit aussitôt à l’Ecole normale supérieure pour institutrices de maternelle de Leyde. Elle y apprend le français et l’allemand, notamment. Deux ans plus tard, à tout juste dix-sept ans, elle s’imagine déjà enseignante quand le directeur de l’établissement la désire davantage maîtresse… Elle laisse l'école et le scandale derrière elle pour s’installer à La Haye, chez d’autres parents, sur Koningin Emmakade.

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Margaretha et son mari Rudolph "John" MacLeod

Mauvais choix

Ces études écourtées n’empêchent pas Margaretha de rêver. L’ambiance internationale de La Haye lui donne des idées d’ailleurs. L’Orient l’attire tout autant que les militaires qui en reviennent. Elle épluche alors les annonces matrimoniales et répond à celle de Rudolph "John" MacLeod, un officier de la marine néerlandaise qui cherche à se marier avec "une jeune fille de tempérament agréable". Elle le rencontre au Rijksmuseum d’Amsterdam et charme aussitôt ce capitaine de vingt ans son aîné. Les fiançailles sont annoncées six jours plus tard. On pourrait croire à l’amour fou mais la vie ne sourit à Margaretha que pour mieux en rire. La naissance d’un premier enfant et le départ du couple pour les Indes néerlandaises en 1897 peine à cacher l’échec de cette union. Il faut dire que MacLeod s’adonne out autant à la boisson qu'à l'adultère ce qui ne contribue pas à l'harmonie de leur relation.

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Margaretha (à l'extrême gauche) et son mari à bord du bateau qui les emmènent dans les Indes néerlandaises.

Les Indes, c'est pas la java

Le séjour aux Indes n'arrange rien. Le mari volette chaque jour davantage. Margaretha se venge en attirant, sans difficulté, le regard des autres hommes. Bientôt parents d’un deuxième enfant, les MacLeod s’éloignent pourtant inexorablement l’un de l’autre.   

En 1899, un drame sonne le glas du mariage. Leurs deux enfants tombent malades et leur fils décède le 27 juin 1899. Des soupçons d’empoisonnement pèsent sur cette tragique disparition. Mais il pourrait plus simplement s’agir d’une intoxication au mercure, un produit consommé par toute la famille contre la syphilis contractée par MacLeod.  

Trois ans plus tard, la messe est dite. Les MacLeod rentrent aux Pays-Bas en célibataire. A 26 ans, Margaretha se retrouve seule et sans argent. Elle tente sa chance comme cavalière de cirque puis comme modèle pour peintre pendant quelque temps avant de partir s’installer à Paris en 1904. Là, elle joue son va-tout. Elle décide de rentabiliser son séjour à Java en se parant des atours d'une danseuse orientale. Encore mariée à MacLeod -le divorce ne sera prononcé qu’en 1907- elle prend un nom de scène : Mata Hari, l'œil du jour en malais.

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Mata Hari en pleine danse hindoue au musée Guimet à Paris, le 13 mars 1905

Star orientale

Le 13 mars 1905, elle fait sensation en se produisant au Musée des Arts asiatiques, le musée Guimet. Bustier de pierreries audacieux, costume transparent, Mata Hari s'adonne à des danses lascives et équivoques. Elle répond ainsi au goût du temps pour l’exotisme et l’érotisme. Toutefois, pour éviter le scandale, l'artiste précise aux spectateurs qu'il s’agit de danses sacrées, telles qu’on les pratique dans les temples hindous. 

Le succès est immédiat et extraordinaire. A peine six mois après ses débuts, Mata Hari est invitée partout et par tous. Les hommes de la haute société s’arrachent sa compagnie à grands coups de cadeaux. Bijoux, chevaux, fourrures, appartements, rien n’est trop beau pour cette muse exotique. 

Mata Hari se produit partout en Europe. A l’été 1914, elle donne son spectacle au Théâtre Métropol de Berlin. Même si son pays, les Pays-Bas, reste neutre durant le conflit, Mata Hari craint d’être catalogué comme “Parisienne” et décide de quitter en urgence l’Allemagne. Elle laissera ainsi de nombreuses affaires qui seront aussitôt confisquées.

De retour aux Pays-Bas, elle y retrouve sa fille, Jeanne, âgée de 16 ans qui vit alors en pension à La Haye. La vie devient plus difficile pour elle. Ses talents d’artiste sont beaucoup moins sollicités et elle doit davantage compter sur son charme et ses (nombreux) amants. L’un d’eux se charge notamment de lui trouver un nouveau foyer, au numéro 16 de Nieuwe Uitleg.

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Mata Hari à l'hippodrome de Longchamp. (collection Fries Museum, Leeuwarden)

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Mata Hari dans la tenue de lieutenant de son amant Jean Hallaure, 1914

Hari, Mata Hari

En 1915, Mata Hari court toujours après l’argent. La proposition de Karl Kroemer, consul honoraire d’Allemagne à Amsterdam, arrive alors à propos. Le renseignement allemand lui offre l’équivalent de 50 000 euros pour qu’elle écoute avec attention les confidences de ses “connaissances” françaises. Elle accepte évidemment cette enveloppe qu’elle considère néanmoins davantage comme une compensation pour ses biens restés en Allemagne depuis le début du conflit. L’espionnage, pour elle, reste accessoire même si on lui donne directement un nom de code, H21, et peut-être même une formation d’agent spécial.

Mata Hari va ensuite reprendre ses voyages. On la retrouve ainsi en Angleterre où les services secrets locaux se penchent aussitôt sur son cas. A Paris, on s’en méfie tout autant. On enquête. Son courrier est ouvert, ses rencontres enregistrées, ses allées et venues scrutées… Même son domicile à La Haye est placé sous surveillance. Tout cela sans aucun résultat.  

Sans jamais se douter de ce qui se trame autour d’elle, Mata Hari s’éprend bientôt d’un jeune officier russe. Exposé au gaz moutarde, éborgné, Vladimir Masloff se remet de ses blessures à Vittel. Mata Hari fait jouer ses connaissances pour obtenir un laissez-passer pour la ville thermale afin de rejoindre Vladimir. Elle prend notamment contact avec un ancien amant, Jean Hallaure, qui la recommande à Georges Ladoux, chef du renseignement français qui la surveille déjà depuis des mois.

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Mata Hari et Vladimir Masloff

Une “mangeuse d’hommes”

Ladoux la laisse rejoindre son russe tout en lui proposant une collaboration. En espionnant pour la France, elle pourrait ainsi gagner 1 million de francs ! Malheureusement pour elle, l’homme espère simplement la confondre, persuadé qu’elle travaille déjà pour les Allemands. Il l’envoie tout de même en Espagne où elle se lie rapidement à un diplomate allemand. Celui-ci lui confie un secret : les Allemands préparent un débarquement sur les côtes marocaines. Mata Hari tente aussitôt de transmettre l’information à Ledoux, sans succès.

Elle poursuit néanmoins sa tâche et tente d’arracher d’autres informations aux Allemands de passage à Madrid. Elle envoie des notes à Ledoux, charge des officiers français de lui transmettre les confidences qu’on lui fait. Mais, à son retour à Paris, au moment de toucher sa récompense, Ledoux affirme n’avoir rien reçu. 

Sans nouvelle de son jeune officier russe, en manque de fonds, Mata Hari n’a pas le temps de désespérer. Le 13 février 1917, elle est arrêtée et placée en détention. Accusée de trahison et d’espionnage au profit de l’Allemagne, elle sera présentée à un juge qui condamne d’emblée sa mauvaise vie. On retrouvera dans le journal de cet homme quelques lignes de haine pure contre les “mangeuses d’hommes” telles Mata Hari.

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Photo de police prise lors de l'arrestation de Mata Hari, le 13 février 1917

"Cette femme-là sait mourir !"

Enfermée à Saint-Lazarre, l’une des pires prisons de Paris, Mata Hari attend le verdict sans aucun soin alors même qu’elle présente vite des signes de tuberculose. Le procès ne débute qu’à l’été. Les preuves sont plus que minces et viennent toutes de Ladoux. Personne ne sait dire quel secret elle aurait bien pu faire passer aux Allemands. Peu importe ! Sa vie de mondaine, ses frasques, son goût pour le luxe, tout vient alourdir un dossier pourtant vide. On apprendra d’ailleurs peu après que tous les éléments versés au dossier par Ladoux étaient falsifiés. L’homme sera d’ailleurs lui-même convaincu d’espionnage et de trahison par la suite !

Cela ne change rien au destin de Mata Hari qui est déclarée coupable et condamnée à mourir fusillée. Toutes les tentatives pour alléger sa peine échouent. Raymond Poincaré, le président de la République, refuse sa demande de grâce.

Le 15 octobre 1917, Mata Hari est réveillée aux aurores. On la conduit jusqu’au lieu de son exécution. Elle a 41 ans. Refusant d’être attachée au poteau et qu’on lui bande les yeux, elle veut affronter la mort la tête haute, les yeux dans les yeux. Cela ne manquera pas d'impressionner le sergent à la tête du régiment de zouaves chargé de l’exécution qui murmurera alors : “Mon Dieu ! Cette femme-là sait mourir”.

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Mata Hari en 1914, collection Fries Museum

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